Bouquets et couronnes de fleurs d’oranger

Avant
1900 la fabrication des fleurs et des boutons d’orangers artificiels était une
industrie prospère. Les recherches permettent de penser que les fabricants
étaient fort peu nombreux.
La Mode était arrivée sous
Napoléon III. Elle constituait à parer les mariés de couronnes, de colliers, de
boutonnières mais aussi de petits bouquets de corsages.
On accrochait également dans la robe de la mariée d’autres petits
bouquets qui servaient ensuite à parer les boutonnières du service d’honneur,
filles et garçons. On accrochait également des petites compositions d’une ou
deux fleurs d’orangers dans les cheveux
des petites filles.
Dans certaines provinces on
fabriquait de grandes guirlandes de fleurs. On en mettait partout.
Les fabricants de cœurs et
de fleurs d’orangers étaient les fournisseurs des ensembliers qui fabriquaient
des compositions sur un socle de bois teinté où la mariée, à la fin de la
cérémonie déposait sa parure de fleurs sur un petit coussin pourpre. Elle était
alors conservée sous un globe verre.
Ces globes sont pleins de
symboles ; la fleur d’oranger : la pureté, le lierre : l’attachement,
les miroirs : la vérité, les feuilles de chêne : la force de
l’amour, le tilleul : la fidélité, et la quenouille, le travail. Une
chaîne représente les liens de l’amour et une cerise évite, ce que dans
certaines régions on appelle « la Guigne ».
1868 Fondation
de la petite fabrique de boutons de fleurs d’oranger dans une petite
mansarde située 9 place des Victoires à
Paris. Très rapidement
L’atelier
à été transféré au 69 rue Notre Dame de Nazareth.
LA GUERRE DE 1870 oblige l’entreprise à cesser toute activité.
1874
Installation
de l’entreprise au 226 de la rue Saint Denis à Paris. (sur l’emplacement de
l’ancien Hôtel de Saint Chaumont. Plusieurs entreprises d’activités
complémentaires s’étaient regroupées sur ce site et pratiquaient un artisanat
très prospère (peignes, ombrelles, tailles d’ivoire, cristaux…)
C’est alors que par souci économique, les ouvrières
furent embauchées à domicile dans la région de Villers Cotterêts dans l’Aisne.
(Déjà la décentralisation !!!)
1880
Installation
de l’atelier à la Maison des Tournelles à Ambleny (Aisne)puis réorganisation de
la production : La fabrication à Ambleny, la vente
et certaines
productions particulières restant à l’atelier de la rue Saint Denis à Paris.
Les expéditions quotidiennes du matériel, sur Paris,
étaient alors effectuées par chemin de fer à la gare de Fontenoy distante
d’environ 3 kilomètres et apportées par une ouvrière dans sa brouette.
1898
Achat
d’un terrain et construction d’une maison dans le centre d’Ambleny et
installation de l’atelier.
1912
Reprise
de l’affaire par une des filles du fondateur.
1914
La situation du village d’Ambleny, en pleine
vallée d’Aisne fait que la maison et les locaux furent totalement dévastés.
APRES LA GUERRE DE 1914
La fabrication
alors beaucoup simplifiée, demandait moins de mains d’œuvre. La fabrique
d’Ambleny continua, mais le principal débouché, la Maison d’exportation David,
rue Bleue à Paris, qui achetait pour les Etats Unis, ralentit beaucoup ses
achats.
1930-1936Diminution très importante de la production.
PUIS VIENT LA GUERRE DE 1940
En 1945 D’autres fleurs remplacent sur les voiles de
mariées les fleurs d’orangers. Les ouvrières avaient vieilli, mais surtout, ces
petites fleurs nécessitent de si nombreuses manipulations que toute possibilité
de rentabilité économique avait disparu.

On
a fabriqué les boutons et les cœurs de fleurs d’orangers en coton avec des
machines.



Le
principe sera toujours le même, une aiguille engluée de colle à papier, tournant très vite, à l’intérieur de
gabarits métalliques. La mèche de coton est présentée par l’ouvrière sur
l’aiguille, dans le gabarit, celui-ci s’enroule alors pour épouser la forme du
gabarit. Tout en tournant encore un peu
de colle est posé sur le cœur formé pour le fixer. Une poignée de bois actionne
alors le dégagement de l’aiguille et par un astucieux levier un petit
« marteau » vient « frapper » le cœur du bouton pour
l’envoyer dans le petit tiroir fixé
sous la table de travail.
Ces
machines sont actionnées par un pédalier, que les fabricants de machines à
coudre ont bien développé et exploité.
Sur
les machines présentées ici, il semblerait que un seul des mécanismes
d’entraînement soit d’origine, mais
déjà transformé avec un seul pédalier, car comme on peut le constater sur la
photo du personnel de 1894, l’ensemble des machines était mu par deux pédales . On peut penser que la destruction des locaux
lors de la grande guerre de 1914 a fait
également disparaître les pieds d’origine.
L’observation
des différentes machines présentées laisse voir les évolutions de celles –ci.
La
première génération, tout en acier, de fabrication soignée, ne dispose pas de paliers, mais très
rapidement, ceux-ci apparaissent, en laiton, et permettent une plus grande
régularité dans la rotation de l’aiguille.
La deuxième génération fait
apparaître des machines pratiquement tout en
bronze munies de
paliers permettant un entraînement de l’aiguille beaucoup plus régulier.
Quant
à la dernière génération, un système mécanique permet de former le bouton grâce
à deux pièces symétriques formant le gabarit . Lorsque le bouton est terminé,
la manipulation du levier permet de séparer les deux morceaux du gabarit tout
en dégageant l’aiguille, et de faire disparaître le petit marteau.

Cette
dernière technique était une évolution qui avait le gros avantage d’éviter le
risque d’engorgement et le bourrage de colle et de coton dans l’orifice du
gabarit lors de la séparation de l’aiguille et du bouton.
Un
petit morceau de coton était moulé avec la machine. Le volume était obtenu
grâce au gabarits.

Le travail de la machine était terminé.

Chaque
bouton était effilé et collé à une tige légère en laiton, cette tige était soit
vierge, soit entourée de papier ou de fil de soie.
. 
Enfin
il était « Griffé » à la base par quelques points de cire verte pour simuler les sépales, à l’aide d’un
petit pinceau trempé dans la cire et en faisant tourner la tige entre le pouce
et l’index.
On
prenait un bouton de bois que l’on
emmanchait sur une petite
tige
de fer .

On
recouvrait d’une très fine peau de mouton le bouton emmanché qu’on ligaturait
solidement à la base.
Ce
bouton était alors trempé deux fois de suite dans la cire chaude .
Une
fois la cire légèrement refroidie, à l’aide d’un petit couteau ou stylet
artisanal très coupant, l’ouvrière découpait les pétales pour former la fleur
suivant le modèle choisi par le client dans une mallette de présentation.
Les ouvrières conservaient les boutons tièdes dans leurs bouches pour
conserver une cire suffisent malléable permettant une découpe plus facile des
pétales .


On
ouvrait totalement les pétales pour évacuer le bouton de bois, et retirer la
tige de fer.
On
débarrassait alors la base du surplus de peau et de cire, et on retrempait la
fleur dans un bain de cire.
On
profitait de la sortie du bain de cire pour parfaire la finition avec le doigt
pour respecter le modèle choisi .
On
enfilait alors et collait à l’intérieur une tige ornée au sommet d’une sorte de
petit balai formant « les étamines » Ce petit balai était fabriqué à
l’aide d’une bande de tissu appelée « Bruyère » trempée délicatement dans une colle de pâte
fluide et passée sur un petit tas de grains de semoule de maïs colorés en
jaune, simulant les étamines. Il fut également acheté tout fait chez le
fournisseur.

La
fleur était alors terminée. On « griffait » ou plus exactement
« culottait » la base à l’aide d’un petit pinceau enduit de cire.
Le
moulage des cœurs à la machine était identique à l’ancienne méthode.
La
« bruyère » achetée toute
faite, était enroulée et collée autour
du bouton.

Cinq
jeux de pétales étaient taillés à la
fois, en papier carton ou tissus à l’aide d’emporte pièces sur une plaque de plomb
et à l’aide d’un « maillet »rond entouré de lanières de cuir.


Chaque
ensemble de pétales était placé dans une forme en bronze et enfermé par une
matrice nervurée .
Le
tout sera pressé dans la presse pour obtenir, par gaufrage, les nervures de
chaque fleur ou feuille désirée.
On
séparait alors chaque jeu de pétales.
Chaque
jeu de pétales sera, par deux fois, trempé dans un mélange de cire stearine à
de la gomme arabique.
La
tige du bouton muni de ses
étamines est enfilée et collée au centre de la corolle.
Les
opérations se terminaient en « culottant » la base de la fleur à la
cire verte.